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Death Valley National Park

Le week-end (avant-)dernier c'était expédition consulaire dans Death Valley. Après une semaine riche en planification, achat de matos, courses et montée d'excitation, c'est une pleine voiturée de stagiaires, menée par votre serviteur, qui s'élance vendredi soir, les cheveux au vent et la musique à fond, vers l'inconnu pas si lointain du bouchon le plus proche.

Mais commençons par le commencement...

Da plan
Death Valley est l'un des célèbres parcs nationaux de Californie, probablement le plus connu avec Yosemite. Il est situé sur le versant Ouest de la Sierra Nevada, à la frontière entre la Californie et son désertique voisin. Las Vegas ne se situant pas loin, on décide de partir de Los Angeles le vendredi soir, direction Sin City où nous passerons la nuit, avant de repartir dès l'aube explorer les canyons et les lacs de sel de Death Valley jusqu'au dimanche soir. Une tente, des provisions et les 30 litres d'eau syndicaux pour une expédition de deux jours à quatre personnes dans le désert viendront charger le coffre de Carmencita, qui n'en demandait pas tant.

Pour vous donner une idée de la géographie des lieux

Le vendredi, c'est Sin City

Retour à Las Vegas pour moi (j'en parlais ici et ) donc rien de bien neuf mis à part les "ooooh", les "aaaaah" de mes compagnons de route qui se transforment rapidement en "beeeuuhh". Las Vegas a malheureusement souvent cet effet : trop de néons, trop de gens ravagés dans les rues, trop de gens ravagés, vissés à leur machine à sous, dans les casinos. On fait un tour rapide sur le strip avant d'aller faire notre pari (peu risqué) de dormir à quatre dans une chambre payée pour deux. Comme quoi le casino ne gagne pas toujours.

Hello Death Valley

On reprend la route le lendemain, pas grand monde sur les routes paumées qui nous amènent dans la vallée. Pas de roadrunner au sens cartoonien du terme mais on croise quand même un type faisant son jogging sur le bord de la route (avec voiture-balais pour le ramasser quand il tombe) et un autre en vélo allongé. Why not.


The road calls

.
On entrera dans le parc par sa partie Sud, en slalomant entre les montagnes qui se rejoignent à cet endroit. La vue qui s'offre à nous une fois le dernier col passé est à tomber : deux murs de terre rouge, verte ou beige, couronnés d'un liseré de neige scintillante, encadrent une vallée étroite tapissée de lacs de sel que les rayons du soleil, déjà chaud, font briller d'un feu blanc.


Vue d'Ashford Mills


Malgré son nom intimidant, la Death Valley est loin d'être un endroit sinistre ou figé. A l'échelle géologique, c'est une zone encore très active : les montagnes continuent à s'élever plus rapidement que l'érosion ne les rabote et le plancher de la vallée poursuit son affaissement plus vite que les débris de roche ne parviennent à le combler. Death Valley offre ainsi un relief allant de 86 mètres en dessous du niveau des océans à Badwater (point le plus bas en Amérique du Nord) au centre de la vallée, à près de 3400 mètres d'altitude au niveau de Telescope Peak. Au nord du parc, de larges cratères témoignent de l'activité volcanique des lieux.


Dante's View offre une vue magnifique sur les lacs de sel de Badwater et le lointain Telescope Peak


Death Valley détient le record de température dans l'hémisphère Ouest (56.7°C mesurés en 1913) et se tient au coude à coude avec le record du monde (57.8°C mesurés en Libye en 1922). Les précipitations sont quasiment inexistantes (60 mm de pluie par an) mais permettent cependant à une grande diversité de plantes et d'animaux de vivre, même au fond de la vallée. Dans les hauteurs caracolent bouquetins et oiseaux de proie, dans des alpages qui se couvrent de fleurs dès qu'il pleut un peu. Plus bas, les coyotes ingénieux coursent en vain les roadrunners au son des "Bip-bip". Cactus et plantes salines constituent le plus gros de la flore mais certaines fleurs percent parfois l'arène grise.


Un peu de verdure dans ces paysages minéraux


Exploration du samedi

On commence notre périple par une promenade matinée d'escalade dans le Sidewinder Canyon (qui tire son nom d'un serpent de Death Valley se déplaçant en biais). Pas de serpent pour nous, heureusement, mais une grimpette agréable dans un cône de déjection. Au pied des montagnes, peu de roches dures mais principalement des alluvions tassés, qui constituent un cadre parfait pour observer de nombreux phénomènes géologiques : érosion et dépôt dans les méandres du torrent, cheminées de fées, etc.


Inclusions de débris rocheux dans les parois alluvionnaires

Cheminées de fées en formation


En jouant des mains sur des prises instables dans les éboulis et les petits canyons, on parvient finalement au sommet d'une crête venteuse qui offre une chouette vue sur la vallée en contrebas. D'humeur aventureuse, on descend sur l'autre versant, à travers une gorge étroite et traitresse pour atteindre un autre canyon. Quelques frayeurs et écorchures plus tard, nous voici arrivés au fond du canyon opposé, qui doit se transformer en torrent furieux à la moindre pluie. C'est à l'abri du vent qu'on pique-niquera tranquillement après cette première rencontre avec Death Valley.


Hey! On va là-bas?

Au fond du canyon


On repart ensuite pour aller se promener à Badwater, le plus grand lac de sel du coin, qui offre un paysage lunaire aux (nombreux) visiteurs. L'eau qui ruisselle sur les montagnes environnantes se charge en minéraux et ruisselle jusque dans la vallée, où elle s'évapore en laissant derrière elle des dépôts de sel, de bore et autres minéraux.


Badwater, vu par un grain de sel
Forcément, dès qu'on tourne le dos...


Le vent souffle moins fort ici que dans les hauteurs, mais l'air est tout de même chargé de sel, qui dessèche méchamment tout ce qui passe à portée. C'est donc avec des gerçures naissantes aux lèvres qu'on reprend la voiture pour retourner dans les montagnes, voir le Natural Bridge Canyon. Comme son nom l'indique, le lieu abrite une arche naturelle en roches dures, dégagée par le ruissellement des eaux dans le canyon. Petite balade tranquille et un peu moins fréquentée que Badwater.


L'arche, nichée au fond de son canyon
Le vent, pris la main dans le sac de (nouvelle) tentative de vol de chapeau


Pour la suite, direction Furnace Creek, l'une des deux dernières enclaves humaines dans Death Valley. La vallée était très peuplée au XIXe siècle à cause des nombreuses mines d'or, d'argent et de minéraux mais l'épuisement des filons et la transformation progressive en parc naturel protégé font qu'il ne reste aujourd'hui que quelques vestiges de cette activité industrielle. Furnace Creek, avec ses sources, se dresse comme une oasis au milieu du désert. Il n'est pas difficile de s'imaginer les longs attelages de mules convergeant vers l'ombre fraîche des palmiers, chargés de sacs de terre précieuse à échanger contre de l'eau, des vivres et un peu de bon temps dans les saloons de l'endroit. Aujourd'hui, les SUVs et les caravanes, les cars de touristes (bretons de surcroit), le terrain de golf et l'aéroport cassent un peu l'ambiance. Seul vestige du côté commercial du lieu : le prix prohibitif de l'essence, qui grimpe d'un bon dollar par gallon par rapport à l'extérieur.


Un attelage, jadis tiré par 20 mules, équipé d'une luxueuse locomotrice à vapeur


On plantera lestera la tente avec des gros cailloux sur un sol dans lequel il est impensable de planter la moindre sardine, dans un vent à décorner les boeux avant de se faire un bon gueuleton, bien arrosé sous la voûte céleste la plus parsemée d'étoiles que j'ai vue de ma vie. Le lendemain, lever avant l'aube pour aller regarder cette dernière se lever sur les montagnes, tout en petit-déjeunant.


On regarde le jour se lever, à l'ombre des montagnes


Ensuite, direction Artist's Palette, un lieu féérique où les minéraux contenus dans la roche affleurent et donnent des couleurs folles au paysage. Mauve, vert, turquoise : c'est une explosion de couleurs pastel qui nous attend dans les méandres de ces minuscules collines, sur lesquelles l'aurore vient déposer ses rayons. Les photos ne rendent malheureusement pas forcément justice à la beauté des lieux.


Artist's Palette, à l'aurore
Les premiers rayons de soleil arrivent
Ca m'apprendra à m'intéresser à la géologie, tiens...

























On part ensuite dans les montagnes, à Dante's View pour profiter de la magnifique vue qu'offre ce promontoire sur la vallée et la chaîne de montagnes en face.



La route serpente entre montagnes et lacs de sel
Pas difficile de trouver le nord : il suffit de regarder la mousse sur les pierres
Photo de groupe, devant Telescope Peak

























Pour la suite, après un rapide passage à Furnace Creek, départ vers le Nord du parc et les cratères de Uhehebe et "Petit Hebe", qui témoignent de l'activité volcanique du parc. Au cours du trajet, la vallée s'élargit, les lacs de sel disparaissent petit à petit, de même que la plupart de la végétation, à mesure que les montagnes (et donc les eaux de ruissellement) s'éloignent. Les cratères se dressent dans un décor noirci, qui contraste violemment avec le sol blanc du sud du parc.


Le grand cratère de Uhehebe, rongé par l'érosion


On poursuit notre route vers le nord, sur une piste caillouteuse qui mettra les pneus et les essieux de la voiture (et mes nerfs) à rude épreuve. On réussit à éviter toutes les choses désagréables qui auraient pu se produire et grimpons dans les montagnes. L'ambiance est incroyable : le décor est grandiose et totalement vide, au point qu'on en perdrait la notion du temps. Peu ou pas d'aménagement ici : c'est une vraie coupure qui s'opère avec la vie parfois fiévreuse de Los Angeles (ne parlons pas de Las Vegas). On chemine doucement et prudemment, trop pour avoir l'occasion d'aller voir les dunes de sable qui ornent la partie Nord du parc (ce n'est que partie remise!). Mis à part la vieille mine en ruine et les quelques américains en 4x4 (qui ont bien du se foutre de notre poire, tassés à 4 dans un petit coupé), aucune trace de la race humaine avant d'arriver, au crépuscule, à la bourgade voisine de Big Pine.


Une mine abandonnée, près de Last Chance Canyon


Death Valley est maintenant derrière nous. La neige avait remplacé le désert brulant dans les derniers kilomètres, traversés dans les hauteurs des montagnes. Devant nous, la Sierra Nevada se dresse comme la face d'un géant endormi, le front ceint d'une couronne de glace. Les quelques lumières de Big Pine s'effacent devant la luminescence violacée du crépuscule sur les neiges éternelles. Le retour vers Los Angeles se fait sans encombres, à la nuit tombée. Endormi ou éveillé, chacun a probablement la tête remplie des merveilles qu'on a pu découvrir durant ces deux jours et toutes celles qui se cachent encore, au fond d'un vallon ou derrière une crête.

So long, Death Valley... I'll be back


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