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Hawaii : partie 4 - Le volcan Kilauea

J'inaugure la chouette nouvelle version du site (congrats!) avec la fin de mes pérégrinations Hawaïennes

Le Sud de la Grande Ile : le volcan Kilauea

 

 

 

 

 

Le Sud de la Grande Ile est principalement occupé par le Kilauea, le plus jeune des volcans du coin et le seul encore actif. Mais plusieurs sites moins courus dévoilent leurs charmants secrets sur le chemin, pour peu qu'on prenne le temps de les explorer.

 

 

 

 
 

Tandis que je parcoure la route qui mène de Kona au sud de l'île, les vestiges des colères passées du volcan s'étendent de part et d'autre de la route. Telles des zébrures brunes et noires dans les flancs verdoyants de l'île, des torrents de lave solidifiés s'étirent, telles des balafres antiques de part et d'autre de la route. 

 

Végétal et minéral se disputent les pentes de l'île

 

Au Manuka State Park, une petite boucle peu empruntée monte en serpentant dans les hauteurs de l'île au milieu des arbres. Les arbres ont réclamé cette portion de l'île et une végétation clairsemée recouvre désormais les fragments de roche volcanique comme autant de poussière sur les ossements de guerriers vaincus.

 

La ténacité de la végétation finit toujours par l'emporter sur la fougue du sang de la Terre

 

A l'apogée du chemin, à moitié enfoui sous les lianes, les restes d'un cratère latéral des volcans centraux sont les seuls vestiges de cette tentative de sortie de la terre. Statues antiques martelées par la tyrannie d'une nouvelle dynastie de monarques, les marques de soufre jaune sont petit à petit dévorées par les racines, les feuilles et la vie qui serpente et s'infiltre dans la roche. 

 

Dans la carcasse du tyran déchu

 

Il règne en ces lieux une atmosphère de paisible changement, de renouveau implacable tandis que la végétation recouvre lentement les lieux. Combien de couches de bois calciné et de roche se superposent ici sous les pieds du voyageur insouciant? Combien de fois la terre a-t-elle effacé toute trace de vie dans un indolent coup de gomme rougeoyant? Seule Pélé sait combien de fois son sang brulant a été versé, terreau fertile et terrible. 

 

La vie s'immisce dans chaque anfractuosité

 

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Plus au Sud, (le plus au Sud, en fait), le petit cap formé par l'île constitue le point le plus méridional des Etats-Unis. Une petite route de terre descend vers les falaises, au travers de landes venteuses où des chevaux paissent une herbe jaune, brûlée par le soleil. Un peu plus bas, un parc d'éoliennes rongées par la rouille, entouré de bâtiments en ruine, donnent au lieu une atmosphère de bout du monde. Il n'y a pas âme qui vive en ces lieux, à part une voiture de location passant à vive allure sur le chemin, drapée dans un manteau de poussière chatoyante.

 

Sentinelles d'acier fatiguées

 

Plus bas, abandonnés sur de hautes falaises surplombant les flots azuréens, se dressent les anciens portiques servant à mettre les barques de pêcheur à flot. Aujourd'hui, ces potences abâtardies voient leur seuil de bois goudronné servir d'arrière-plan à des couples de touristes pour une photo souvenir, quand elles ne sont pas utilisées comme pont d'envol pour les courageux plongeant du haut de la falaise en quête de sensations fortes. 

 

So blue...

 

Un soir d'été, au bout du monde

 

Contemplation

 

 

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Toujours sur le chemin du volcan, la Grande Ile dévoile encore son incroyable diversité, avec une plage de sable... noir! Quasiment diamétralement opposée aux plages de sable blanc du Nord, Whittington Park et ses plages de basalte concassé et poli se transforment en un plan incliné d'un noir chatoyant avec le reflux de chaque vague. La monochromie du lieu brisée uniquement par les algues vertes qui s'accrochent aux rochers et par le bleu sombre des vagues, qui poursuit l'écume comme une ombre immense. 

 

 

Un miroir de ténèbres teinté du bleu des cieux

Un groupe de tortues de mer, flegmatiques

 

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A proximité du volcan, l'atmosphère change. La brise marine fait place aux vapeurs rampantes qui entourent le pied du volcan et se lovent dans les creux du relief. Elles jouent langoureusement dans les branches des arbres, telles des toiles d'araignée soyeuses. J'arrive au pied du volcan sur les ailes d'un orage et pars à la découverte de son sommet sous un crachin juste suffisant pour décourager les touristes trop douillets. Sur les contreforts du volcan se dresse une couronne de végétation luxuriante, percée ça et là par de blêmes affleurements rocheux d'où s'échappent des vapeurs méphitiques. 

 

De tenaces petites plantes survivent au milieu des vapeurs soufrées
 
 

Des cristaux de soufre se forment lorsque les vapeurs se condensent sur les froides parois de pierre

 

Au sommet de la crête, la vaste caldeira se dévoile. Cette immense dépression circulaire dans le sommet de la montagne semble avoir été créée par un coup de poing titanesque venu des cieux. A proximité de son centre, le cratère même du volcan ouvre sa gueule fumante dans le plateau recouvert d'arabesques de roche. La bruine, piégée dans cette large vasque, créée des arcs en ciel dont les couleurs contrastent fortement avec la dévastation stérile du plancher en contrebas.

 

Arc en ciel et écrin de verdure sur un paysage lunaire

La caldeira et le cratère du volcan

Le cratère

 

De l'autre côté de la caldeira, le chemin serpente à travers une jungle humide emplie de plantes médicinales ou utilisées par les Hawaïens natifs pour confectionner pagnes, parures et paniers. Les panneaux explicatifs permettent d'en apprendre énormément sur le mode de vie de ces populations et sont parfois bien utiles. Ainsi, comme à l'ancienne époque, la mousse moelleuse de l'Hapu'u pulu (une fougère arboricole) servira à apporter un peu de répit à mes épaules meurtries par les coups de soleil et les lanières de mon sac à dos. 

 

Merci Mère Nature!

 

Le chemin serpente au bord du gouffre, ça et là, des crevasses s'ouvrent dans le sol et les exhalaisons chaudes et humides du volcan s'en échappent. Peu de monde sur ces petits chemins de terre boueuse, emplis des parfums de terre, de bois humide et d'essences minérales aux relents âcres. Un peu plus loin, un tube de lave s'ouvre dans les profondeurs de la terre, comme la galerie de quelque ver de terre géant. 

 

La lave a laissé la place aux touristes

 

Enfin, à l'issue du chemin, la récompense prend la forme d'un petit sentier descendant en lacets jusqu'au plancher d'un cratère latéral aujourd'hui inactif du volcan, appelé Kilauea iki : le "petit Kilauea". Une courte descente sous les branchages humides et c'est finalement le sésame pour une expérience incroyable : marcher dans le cratère d'un volcan, sur une île au milieu du Pacifique!

 

Le cratère se rapproche à chaque tournant

Arrivé en bas, les arbres s'écartent, comme les drapés d'un rideau

 

Pas de photos de ma traversée du Kilauea Iki : trop de pluie... trop de choc. Après quelques pas seulement en dehors de la forêt, c'est un autre monde qui s'ouvre au regard. Un vaste plateau, noir, ceint de hautes falaises dont le sommet arboré se perd dans les brumes. C'est presque avec un sentiment d'angoisse que l'on quitte l'ombre protectrice de la canopée pour s'aventurer dans ce paysage lunaire. Derniers vestiges de la végétation, de petites arbustes aux fleurs roses en forme d'oursin tendent leurs branches noueuses vers des cieux masqués par les fumerolles, telles des âmes damnées enchaînées au plancher basaltique. Une dizaine de mètre à peine et l'on descend dans l'immense vasque où rien ne pousse. Au loin, des chaos volcaniques enveloppés de brumes ressemblent aux restes fumants d'un caravansérail incendié. 

 

Entre les bords du cratère et ce triste relief, le lac de lave solidifié semble s'étendre à mesure que l'on s'aventure à sa surface. Seuls les puits de vapeur offrent un repère visuel dans ce morne décor. De petits cairns s'élèvent sans logique apparente, comme si quelque chose de piégé sous la surface avait désespérément tenté de briser la croute sombre de dizaines de coups de poing paniqués. Des fissures s'élèvent des panaches de fumée blanche, dont l'action immuable cuit lentement la pierre et lui donne des reflets mordorés. 

 

Il n'y a personne, sur le plancher des enfers, pas âme qui vive et pas un bruit en dehors du tapotement constant de la pluie et la plainte sifflante d'une rare bourrasque. Comme dans un rêve, les ruines du chaos volcanique semblent soudain sortir de la brume, elles qui étaient si loin il y a à peine un battement de cil. Les pas résonnent au milieu de ces rues éventrées où personne n'a jamais vécu. Une pause. Au milieu des fumeroles, on se sent soudain seul au monde, pris d'une terreur viscérale qu'aucun chemin ne s'élève à l'autre extrémité. Les passages d'Orphée et Eurydice reviennent alors à l'esprit, en cet endroit désert, presque situé aux antipodes de la Grèce Antique. Un frisson. Une inspiration profonde. On se retourne et la gorge se noue. Derrière, il n'y a rien, plus rien qu'un rideau de brume blanc aux allures de néant, comme si la réalité avait été gommée d'un geste rageur.

 

La pluie tombe toujours, c'est donc que le ciel doit toujours exister? Les pas résonnent à nouveau, la surface se fait plus rugueuse, moins docile. La lave change et semble s'adapter au chaos qui règne dans l'esprit de l'errant. Fractionnée, granuleuse, elle forme des amas de gravats en équilibre précaire. Chaque pas provoque un raclement minéral, une cascade de sons râpeux. La progression se fait plus lente. Il pleut toujours. 

 

Les mains écorchées au sortir d'un pierrier et c'est le miracle! Au delà des pierres instables et brunes, se dressent les hautes falaises. Le pas se fait plus rapide, plus fiévreux. Arrivé au bas de la pente, un moment de vertigineuse panique : il n'y a pas de chemin... pas de chemin. Rien que des troncs et des lianes et des affleurements rocheux pointus. Pas d'espoir, pas d'échappatoire. Le regard ère sur les pentes infranchissables... Là! une brèche! quelques rochers aux allures de marches naturelles! Le bonheur de sentir à nouveau sous ses pieds le moelleux de la mousse. L'ascension débute et les arbres se resserrent derrière le voyageur hagard, comme pour jeter un voile pudique sur l'effroi. Gravir cette pente, c'est prendre conscience de l'effroi ressenti par les personnages de Lovecraft. Ce malaise, cette impression d'avoir déchiré le voile vers quelque chose de fondamentalement "autre".

 

J'ai laissé une partie de moi au fond de ce volcan.

 

The End

 

Pays: 

Commentaires

Waouh ! Super !
En tout cas, tu n'as pas laissé ton talent au fond du volcan ! ;)

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